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19 mars 2018

Etienne Thouvenot, Portrait !

Rencontre avec Etienne Thouvenot (ECAM 99), 
Responsable de l'innovation sociale chez Groupe SEB et co-fondateur des Petites cantines


  

Ingénieur ECAM diplômé en 1999, Etienne travaille pour le Groupe SEB depuis 2000. Responsable d’atelier puis responsable qualité Après-vente, auditeur international, Expert métier ; il est aujourd’hui responsable de l’innovation Sociale, poste créé à sa demande par le Groupe. Il est également co-Fondateur du 1er réseau de Cantines de Quartier.

De ce virage à 90° à la création des Petites Cantines, Etienne nous dit tout...

Bonjour Etienne, avec une carrière plutôt accès technique chez SEB, quel a été l’élément déclencheur de ton lancement dans l’entrepreneuriat social ?
J’ai toujours été engagé dans l’associatif car au-delà du fait que cela m’a apporté (et m’apporte) des compétences complémentaires à celles que j’ai pu développer et affirmer professionnellement, cet engagement me permet de me réaliser au-delà de mon travail, dans ma vie tout simplement.

Après 14 années au sein du groupe SEB, j’ai eu envie d’entreprendre mon propre projet et par conviction, que ce dernier ait un impact positif sur la société.


Mais comment devient-on entrepreneur après plus de 10 ans en tant que salarié ?
Je me suis renseigné sur quelles aides et accompagnements existaient et j’ai finalement choisi de m’inscrire au MOOC « Devenir entrepreneur du changement » proposé par l’organisation « TicketforChange » en partenariat avec HEC Paris. Les cours en ligne et les exercices pratiques m’ont aidé à murir mon projet. Nous avons ensuite profité de 9 mois d’accompagnement par Ticket For Change, dont 10 jours de tour de France, financés par mon entreprise, le groupe SEB.

J’étais donc prêt à « sauter le pas » mais je ne voulais pas me lancer seul ; avec Diane Dupré La Tour que je connaissais, nous avons mixé nos idées, nos envies et nos expériences et nous en sommes arrivés à la version 1.0 des Petites Cantines que vous connaissez aujourd’hui.

C’était quoi cette première version ? Qu’est-ce qui a évolué depuis ? & Pourquoi ?
Notre objectif a toujours été de recréer du lien dans les quartiers pour lutter contre l’isolement social, économique, physique… Mais au fur et à mesure de nos études & démarches, nous avons fait évoluer le concept en fonction des retours terrain.

Au départ, l’idée était de partager un moment autour d’un repas. Lorsque nous avons souhaité vérifier notre concept au Forum des Associations de Vaise (lieu pressenti pour accueillir la première Petite Cantine), ce dernier a remporté un franc succès ; mais nous avons également constaté un engouement certain pour l’envie et le désir des habitants de cuisiner ensemble. Nous avons donc décidé de faire évoluer la version 1.0 de notre projet en proposant aux convives de confectionner ensemble le repas élaboré par les maîtresses / Maîtres de maison avant de passer à table. 

Une fois le concept « définitivement » validé, vous avez donc ouvert la première Petite Cantine à Vaise …
Oui. Après le succès rencontré des cantines éphémères que nous avions mis en place dans des locaux associatifs à La Duchère, nous avons cherché le local qui pourrait accueillir notre première Petite Cantine. Nous avons parallèlement recruté les « maîtres et maîtresses de Maison » en charge de l’accueil, de la logistique, des commandes de nourriture, de l’élaboration des menus …Nous avons mis en place des partenariats avec des producteurs locaux ou des enseignes alimentaires Bio sur Vaise afin d’ajouter la dimension écologique à notre concept. Les Petites Cantines de Vaise ont ouvert leurs portes en septembre 2016.


Peux-tu nous en dire plus sur le modèle économique ?
L’objectif est que l’on soit autonome sur le fonctionnement. Pour l’aménagement des lieux nous faisons appel à des mécènes et nous avons lancé une campagne de Crowfounding fin 2016. L’aide financière extérieure est nécessaire au départ, au lancement d’une Petite Cantine, et également pour financer les salaires des fondateurs et du coordinateur que les recettes des clients n’arrivent pas à couvrir entièrement pour le moment.

Chaque Petite Cantine doit s’autofinancer. C’est la participation des convives qui doit financer les aliments, les salaires des maîtres de Maison, le loyer du local, les charges… Au départ, nous avions imaginé un prix bas pour une accessibilité au plus grand nombre (5 ou 6€) ; mais cela ne nous permettait pas d’être à l’équilibre… Nous avons donc décidé de proposer un prix un libre en indiquant toutefois le prix d’équilibre qui couvre l’ensemble de nos frais, soit 9€. Nous informons également notre clientèle qu’elle peut donner plus pour nous aider à financer d’autres choses mais qu’elle peut également donner « ce qu’elle peut » en cas de difficultés financières. Par contre, nous nous refusons à « offrir » le repas par souci d’engagement et de respect des autres participants. Cela fonctionne très bien sur Vaise… Il y a autant de personnes qui donnent plus que de personnes qui donnent moins. Les Sans Domiciles Fixes qui viennent aux Petites Cantines attendent d’avoir au moins 4-5 euro pour venir partager un moment avec nous.

Et donc après Vaise, vous voilà à Perrache et bientôt à Lyon 8 & à Gerland .Quelles sont les conditions de succès pour l’implantation d’une Petite Cantine ?

Oui ! Sur Vaise, avec une moyenne de fréquentation de 50 personnes par jour, nous avons réalisé un CA annuel d’environ 100 000 euros. Nous avons donc cherché à ouvrir d’autres lieux, face à ce succès.

3 nouvelles Petites Cantines s’installent sur Lyon en 2018, dans des zones très différentes. La première, à Perrache, grâce à un partenariat avec l’hôtel Simplon. Nous investissons la salle de restauration dès 10H ; cette dernière étant utilisée uniquement pour le petit déjeuner des clients de l’hôtel. La seconde ouvrira ses portes dès le mois d’avril dans une ancienne boucherie réhabilitée en centre social à Lyon 8 ; les travaux sont pris en charge par la Ville et un bailleur social. Puis fin 2018, c’est le quartier de Gerland qui accueillera la 4ème Petite Cantine lyonnaise via un partenariat avec Bouygues Immobilier.

Lors de l’ouverture d’une Petite Cantine, le plus important est que les gens s’accaparent le projet. Nous ne sommes pas dans une démarche de créer le besoin mais bien d’y répondre. Les politiques, les commerçants de quartier, les associations doivent soutenir le projet afin qu’il soit viable. Les prix que nous avons gagné aux différents concours* nous apportent de la crédibilité et cela facilite nos relations avec les villes, la région, les politiques… 

Les quartiers idéaux pour accueillir notre concept sont ceux où il y a une forte mixité d’usage : habitants, commerces et Entreprises.
Quatre autres Villes (Lille, Dijon, Strasbourg et Annecy) ont également pris contact avec nous et souhaiteraient ouvrir une Petite Cantine. Ces projets sont en cours d’étude. Pour Lyon, nous sommes moteurs du développement ;dans les autres villes nous souhaitons un réel engagement & investissement des intéressés car nous ne pouvons être de partout. C’est pourquoi cela va prendra plus de temps.

Dans 10 ans les Petites Cantines, c’est quoi ?
2018 est une année test avec l’ouverture de 3 nouveaux lieux sur Lyon. Nous ferons le bilan à la fin de l’année mais notre objectif est d’essaimer nos Petites Cantines. Pourquoi pas à la campagne, avec un autre modèle économique, ou à l’étranger avec une vigilance sur les différences de culture.
Mais nous nous laissons du temps et souhaitons avancer étape par étape pour prendre soin de nous, comme on prend soin des autres, et asseoir le modèle économique. Personnellement j’occupe toujours mon poste de responsable de l’innovation sociale chez SEB à 60% et réserve les 40% restants aux petites Cantines aux côtés de Diane, la co-Fondatrice, qui est à temps plein sur le projet. Mes journées sont très chargées et le développement des 3 nouveaux lieux sur Lyon en 2018 me demande plus de disponibilité. Je me laisse jusqu’à la fin de l’année pour envisager un changement dans cette répartition si besoin, notamment en fonction du Bilan 2018 et de l’avancée des projets hors Lyon.

Merci Etienne d’avoir pris le temps de répondre à ces questions et pour ton intervention lors du Focus de l’After#15 sur Lyon le 5 mars dernier ; nous te souhaitons une bonne continuation et longue vie aux Petites cantines ! A très vite.

 

 

 Retour en photos sur l'after#15 & le Focus du 5 mars aux Petites Cantines de Perrache 


 

 

 

 

 

 


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